Théâtre

La Ville de l’année longue

Théâtre du Rictus, de William Pellier, mise en scène Laurent Maindon

La pièce proposée par le théâtre du Rictus est programmée au moment des Rencontres à lire pour mettre en exergue le lien de l'écriture à la mise en scène, de l'écrit à l'oral.


Vendredi 22 avril, Atrium, 20h30

Entrée : 20 euros
Tarifs réduits : 17 euros, 16 euros, 7,5 euros
Réservation à l'Office du Tourisme
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L’histoire

Une famille habite une ville du cercle polaire et a un ami qui est docteur. En fait, ce n’est pas vraiment une famille, on s’aperçoit que la femme est mariée avec un ours. Il travaille dans une banque. Coïncidence, deux célèbres banquiers arrivent en ville. Plus tard, ils s’écharpent avec un prix Nobel d’économie, un vrai Prix Nobel dont l’auteur a lu les ouvrages.

Le docteur bibliomane, ­ une note de bas de page l’affirme, ­aimerait lui emprunter de l’argent pour assouvir sa coupable passion. De son côté, le narrateur révèle que le docteur est un brillant neurologue, peut-être pervers. La grand-mère, ­ on ne sait de qui, ­ est férue d¹Hitler. Il y a encore un enfant, mais il n’a pas une ligne de texte à dire.

L’essentiel, c’est le spectateur ­ou le lecteur ­qui se fait manipuler. Pourquoi lui répète-t-on ce qu’on lui a déjà dit ? Il a l’impression d’avoir déjà entendu ça, mais il n’en est plus très sûr, il ne se passe pas grand chose, ça parle et parfois il décroche. Dans ce projet de raconter une histoire décomplexée, il y a plusieurs histoires qui s’amusent. Il y a l’histoire de la langue qui se dérobe et patine dans la bouche des personnages. Il y a l’histoire de l’histoire qui n’en finit pas de se répéter et qui avance par reculades successives… la rémanence, les réminiscences, l’examen discret de son voisin de fauteuil ou son propre intérêt.

 

 


La pièce, selon l’auteur William Pellier

« La Ville de l’année longue est une commande du Théâtre de la Tête noire. Commencé en février 2007, lors d’une résidence au Spitzberg, il s’apparente à une superposition de plaques narratives en équilibre instable : personnages, didascalies, narrateur, télé et radio sont en concurrence pour bâtir un huis clos qui craque et se disloque ; au spectateur de faire des choix pour rassembler les décombres. Dans cette histoire qui paraît se trouer à mesure qu’elle avance, la famille, la faune sauvage, la médecine et la banque élaborent des stratégies pour se tirer du mauvais pas où elles se sont embourbées. Ce mélange improbable crée un contexte dont il faut se satisfaire. La scène est un espace où se joue une équation qu’on a posé et qu’on ne cherche peut-être pas à résoudre. La volonté de donner une signification à cette histoire apparaît aussi vaine et insurmontable que celle de donner sens aux événements qui modèlent le monde aujourd’hui.

Dans l’écriture, je revendique des filiations littéraires et je défends une conception littéraire du texte théâtral, proche du récit, de la poésie, ou de l’essai. Mais je suis également porté vers les sciences sociales et humaines. La dimension purement fictionnelle de l’écriture m’intéresse moins que les opérations sur la langue et la représentation. Le texte a valeur de Manifeste ; on peut le lire pour ce qu’il raconte, mais aussi pour ce qu’il cherche à dire. Il questionne la perception que l’on se fait d’un récit, la représentation qu’on peut chercher à en donner théâtralement. »

 

 


Note du metteur en scène, Laurent Maindon

« J’ai souhaité à travers ce spectacle faire entendre la formidable complexité de cette écriture, son épaisseur, sa force évocatrice. Elle porte un regard lucide sur nos existences, tentées sans cesse de suivre différents objectifs, quitte à se perdre et disparaître. Pellier nous offre un mille-feuilles dont chaque couche révèle une partie de cette énigme. A l’aune d’une grande mutation, nos sociétés se débattent dans leurs contradictions, secrètent des crises de toute sorte (économique, existentielle, politique, sociale, religieuse...) et semblent atteintes de cécité. Tout comme Tchekhov annonçait prophétiquement des changements qui bouleverseraient notre monde, Pellier, sous ses faux airs beckettiens annonce une fin de partie qui semble se répéter et se rejouer à l’identique. Ses personnages, humains, trop humains comme l’écrivit Nietzsche, butent, cognent à la vitre du monde. On sent qu’ils aspirent à un ailleurs mais tout les retient et les maintient dans leurs rôles, les aliène au regard des autres. Comme si nous assistions à l’expérience clinique d’une mise en situation de nous-mêmes dans le laboratoire des comportements humains. Et très subtilement, Pellier instille une dimension d’invraisemblance dans son univers sans laquelle nous ne pourrions instruire le sens de nos destinées. Il nous rappelle ainsi qu’il n’est de réponse possible et intelligible sans poésie. La lecture froide induite par les sciences de tout horizon n’épuisera jamais à elle seule la complexité de notre monde. Alors Pellier nous conduit dans ce conte philosophique, nous malmène, nous perd non sans pour autant oublier de déposer au fur et à mesure du récit les cailloux qui nous aideront à retrouver le chemin. »

 

affiche theatre salon du livre dax

 


Distribution

Ludivine Anberrée a commencé très tôt à rêver de scènes, a fait du cirque avant d’enchaîner les diverses formations qui la mèneront sur scène et derrière la caméra. Elle a travaillé sous la direction de Laurent Maindon (Au pays des et Rhapsodies de S. Levey), Loïc Auffret (Intendances-saison 1), François Chevalier (Nature morte dans un fossé) et Christophe Rouxel. Elle prépare actuellement un spectacle avec deux autres comédiennes : Canons d’après Patrick Bouvet.

Laurence Huby se rêvait comédienne depuis toute petite, fascinée par Jacqueline Maillan. Après le Conservatoire et le Studio Théâtre, elle a joué, chanté et dansé. Elle n’a cessé de travailler avec Laurent Maindon (Levey, Feydeau, Müller, Rilke, Beckett, Spiró), Virginie Fouchault (Melquiot, Shakespeare, Schimmelpfennig), Christophe Rouxel (Büchner, Koltès, Ben Kemoun), Jean Louis Raynaud (Picq, Deronzier), Monique Hervouët, Michel Liard, Yvon Lapous...

Yann Josso a débuté sa carrière de comédien, un prix d’excellence du Conservatoire de Nantes en poche, en tournant des one man show. Expérience qu’il met à profit plus tard en revenant sur scène au Théâtre du Rictus qu’il fonde avec Laurent Maindon. Il interprète ainsi des rôles dans les pièces de Beckett, Forgách, Feydeau, Levey... Il travaille également sous la direction de G. Richardeau, L. Auffret et s’aventure aussi régulièrement au théâtre de rue avec Cirkatomic, Erick Sanka, Patrice Boutin.

Nicolas Sansier après un parcours de formation théâtrale entamé en Irlande, il passe au Conservatoire de Nantes, puis au Studio Théâtre. Il joue et chante sur scène et enchaîne par la suite de nombreuses créations avec J.L. Annaix, H. Lelardoux, B. Lotti, C. Rouxel, Y. Lapous, M. Leray, F. Parmentier, P. Sarzacq, Y. De Hollander, L. Maindon, P. Sorin... Il monte régulièrement avec Patrice Boutin des petites formes pour le théâtre de rue.

Ghyslain Del Pino après un passage au Conservatoire de Nantes, se formera aux multiples arts de la scène au Conservatoire de Liège. Il revient en France pour travailler au Théâtre du Rictus (Vitelliusd’A. Forgách) puis fait des allers-retours entre la France et la Belgique où il joue au Théâtre National de Bruxelles. Il collabore avec L. Maindon sur la trilogie Levey et est Tartuffe avec Monique Hervoüet. Parallèlement, il poursuit une carrière de chanteur avec une petite formation.

Claudine Bonhommeau a débuté sa carrière de comédienne avec Christian Rist (Le Misanthrope) et n’a eu de cesse tout au long de ses expériences de se frotter au verbe et au chant. Elle a joué sous la direction d’Hélène Vincent (Le système Ribadier de Feydeau, Maison de poupée d’Ibsen, Voix secrètes de Penhall), Michel Liard, Enzo Cormann, Georges Richardeau et plus récemment avec François Parmentier à cinq reprises dont L’inattendu et Bluff.

Christophe Gravouil après avoir fréquenté le Conservatoire d’Angers, s’exile dans celui de Besançon, avant de revenir en région créer avec F. Chevalier Addition Théâtre. Il y sera tour à tour comédien, dramaturge et metteur en scène. Il interprète des auteurs comme De Pontcharra, Paradivino, Grivetsk, Raimbaud... Il sera artiste associé au Théâtre de Bourgogne. Récemment il a beaucoup collaboré avec L. Maindon, A. Sergent, S. Jarniou.

Loïc Auffret comédien et metteur en scène, il s’est formé auprès de Christophe Rouxel, Monique Hervouët, Michel Liard, Alain Knapp, Laurent Maindon. Il collabora régulièrement avec le Théâtre de l’Ultime, Acta Fabula, le TRPL , Addition Théâtre, Banquet d’avril, le Théâtre du Rictus, le Théâtre Icare entre autres. Il a également dirigé Juste la fin du monde, J.L. Lagarce et La gelée d’arbre de Hervé Blutsch pour le Théâtre de l’Ultime.

 

Un travail entre la compagnie et un groupe d'adolescents

Une action culturelle est proposée autour de la pièce avec un groupe d’adolescents dans le cadre du Pass Fun Vacances sur la transformation de l'information afin de les inciter à se questionner sur le traitement et l'analyse de l'information par l'analyse du discours et l'interprétation des faits.

Un groupe assiste ainsi à la présentation d’un fait divers par un journaliste à la télévision sans le reportage qui suit. A lui d’inventer le reportage que l’on aurait pu voir (scénarisation puis interprétation sous forme de saynète théâtralisée) sous la direction d’un comédien.

Dans un deuxième temps, cette saynète est jouée devant un second groupe. Ce dernier groupe doit imaginer deux versions de ce qu’aurait pu dire le journaliste et l’interprète devant le premier groupe. Ensuite, il y a confrontation et partage avec la découverte commune du « vrai » reportage télévisé.

 


Le Théâtre du Rictus

Fondé à Nantes en 1996 par Laurent Maindon et Yann Josso, il explore au travers de textes contemporains les mythes fondateurs de nos civilisations. Mettre en scène est pour l’équipe du Théâtre du Rictus une manière d’interroger l’existence et de s’adresser au monde.

Au fur et à mesure de son travail de metteur en scène, l’intérêt de Laurent Maindon se déplace vers un théâtre plus incarné, plus physique où les questions existentielles sont tout simplement au cœur du quotidien. La solitude profonde de l’être, les blessures de l’abandon, l’amour, le rapport au pouvoir et la complexité des rapports humains, les motivations profondes de tout passage à l’acte… sont autant de passerelles pour rejoindre le spectateur et réveiller en lui sa propre nostalgie cachée, exciter son imaginaire…C’est alors que le rictus devient un sourire narquois qui dévoile sous l’amusement une clairvoyance sans concessions. Il nous entraîne à observer le monde, ses tourments et ses facéties, avec lucidité.

Un monde vu sous un angle corrosif ou tantôt l’on pleure, tantôt l’on rit avec l’humour comme ultime politesse du désespoir.


www.theatredurictus.fr