La disparition d’Annie Goetzinger

C’est avec une immense tristesse que la Ville de Dax et les Rencontres à Lire ont appris le décès d’Annie Goetzinger survenu le mercredi 20 décembre 2017, à l’âge de 66 ans.

Annie Goetzinger avait participé à deux reprises aux Rencontres à Lire.

La première fois en compagnie de Bruno Frappat dont les dessins accompagnaient les chroniques du samedi dans le journal La Croix.
La seconde fois, pour présenter son album publié chez Dargaud : Jeune fille en Dior (Dargaud), un roman graphique retraçant la carrière fulgurante du grand couturier Christian Dior. Cette fois-là, une exposition urbaine présentait son album à venir, paru cette année : Les apprentissages de Colette (Dargaud), qui narre la vie mouvementée et libre de la célèbre écrivaine.

Annie était une très grande dame de la bande dessinée, dans un milieu où les femmes étaient très rares au début de sa carrière.

Après des études aux Arts Appliqués où elle étudie le dessin de mode, elle publie dans Circus, L’Écho des savanes, Fluide glacial, Métal hurlant et surtout Pilote.
Son premier album, Casque d’or (Glénat, 1976), remporte deux prix au festival d’Angoulême. Elle dessine Aurore, une vie de George Sand (Éditions des femmes, 1978), d’après un scénario d’Adela Turin, et Félina (Glénat, 1979).

Elle enchaîne ensuite costumes de théâtre, illustrations, histoires courtes (collection Fripon des Humanoïdes associés), dessins de presse, notamment pour le journal Le Monde et ces dernières années pour le journal La Croix où ses dessins accompagnaient chaque samedi la célèbre chronique de Bruno Frappat.

Avec Pierre Christin, écrivain et célèbre scénariste de BD (il est l’auteur avec Mézières, de Valérian, adapté l’été dernier au cinéma par Luc Besson ; il a aussi travaillé notamment avec Tardi ou Bilal), elle réalise La Demoiselle de la Légion d’honneur (Dargaud, 1980), La Diva et le Kriegsspiel (Dargaud, 1981), La Voyageuse de la petite ceinture (Dargaud, 1985), Charlotte et Nancy (Dargaud, 1987), Le Tango du disparu (Métaillé, 2008), Le Message du simple (Le Seuil, 1994), La Sultane blanche (Dargaud, 1996) et Paquebot (Dargaud, 1999). Les deux amis de toujours travailleront aussi bien évidemment sur la célèbre série L’agence Hardy (Dargaud).

Après avoir signé le dernier album de la collection Portraits souvenirs (Les Humanoïdes associés, L’Avenir perdu, 1992), avec Jon S. Jonsson et Andreas Knigge, Annie Goetzinger publie Marie-Antoinette, la reine fantôme, avec le scénario de Rodolphe (Dargaud, 2011).

En 2014, elle est « Grand Boum » du 31e festival BD Boum de Blois, qui rend hommage à l’ensemble de son œuvre et lui consacre une très belle exposition.

A l’annonce de sa disparition, les éditions Dargaud ont rappelé combien Annie Goetzinger était une femme de bien et de grand talent : « Avec son dessin raffiné, élégant et distingué, Annie Goetzinger a enchanté tant de lecteurs. Son art du détail, des moindres détails, pour dessiner un visage, une silhouette, un corps ou une toilette, sa calligraphie soignée, ses couleurs directes subtiles, sa mise en scène stylée, son exigence constante, sa féminité absolue et son intelligence toujours mises au service de la narration, pour mieux nous faire comprendre et aimer ses personnages, demeureront associés à son nom ».

A Dax, où Annie avait ses habitudes et tissé des liens d’amitié vive, son élégance, sa finesse d’esprit et son beau sourire laisseront un souvenir impérissable.

C’était une femme de cœur, de combat aussi, de conviction. Son humilité touchait le cœur. Sa présence était un cadeau. Désormais, son absence sera une grande peine.